Le chant du danseur, de Gilles-Marie Chenot
Les souffles qui ont chanté la gwerz de Taliesin, les mains qui ont peint les tableaux de Picasso, les cordes vocales qui ont parlé le langage de Joyce, les pieds qui ont dansé le samâ' de Rumi, les oreilles qui ont composé la musique de Mozart, le vent qui a porté les semelles de Rimbaud, tous ceux-là reconnaîtront dans ces textes les braises du creuset dans lequel f… Consulter la fiche
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Un jeune pêcheur nommé Jalil avait trouvé la femme parfaite en la personne de la belle et calme Rossia. Leur mariage avait réjoui leurs deux familles qui s'étaient empressées de joindre leurs efforts pour bâtir une demeure digne d'accueillir les époux. Le jour des noces, Jalil et Rossia découvrirent la maison que les frères de la mariée avait édifiée : c'était une habitation modeste, faite de pierre, de bois et de terre blanchie à la chaux, mais elle avait été bâtie avec amour pour protéger leur union. Aussi Jalil et Rossia sentirent en passant sous le chambranle que cette maison simple serait pour eux le foyer du bonheur. Avec émotion, Jalil alluma le premier feu sur le foyer encore immaculé et Rossia tendit sur le métier à tisser les premières fibres qui serviraient au filet de son époux. Tout était pour le mieux.
Les mois filèrent comme des étoiles filantes. La saison de pêche battait son plein. Pas un jour ne passait sans que Jalil ne prenne la mer. Pas un jour ne passait sans que Rossia ne craigne pour sa vie. Sans cesse, elle guettait les cieux depuis la fenêtre de leur chambre. Que des nuages gris apparaissent à l'horizon et son humeur était triste et perdue. On la voyait passer dans le village comme une âme en peine, les yeux tournés vers l'océan. Aussi, quand la fin du jour arrivait et que la barque de Jalil apparaissait dans la baie, Rossia s'élançait en criant de joie sur le petit chemin qui descendait à la plage. Et là, dans les derniers rayons du soleil, elle embrassait Jalil et l'aidait à décharger les prises de la journée.
Leur entente était si parfaite que les habitants du village finirent par se demander quand viendrait l'enfant qui compléterait ce bonheur. Car dans la maison de Jalil et Rossia, une pièce restait vide. La petite chambre, près de l'âtre du foyer et du métier de Rossia n'accueillait aucun rêve ni aucun sourire. Jalil et Rossia désespéraient eux aussi de ne pouvoir un jour transmettre leur amour au fruit de leur union. L'hiver arriva et Jalil dut rejoindre le port lointain de Salabia-Galegress pour s'attacher à un équipage de pêcheurs de baleines. Il allait être absent plusieurs mois et Rossia redoutait ce départ. Jalil partit néanmoins, non sans avoir promis de revenir sain et sauf.
Tous les jours, Rossia guettait à la fenêtre de sa chambre. Elle regardait vers le nord, au-delà des falaises, vers les mers froides où frayent les bancs de baleines, vers cet océan gris et périlleux où elle n'irait jamais, vers Jalil, perdu au milieu des vagues et des dangers. Et d'une main triste, elle caressait son ventre affreusement vide.
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Mise à jour de la page : Jeudi 04 Décembre 2008